La transition énergétique est souvent présentée comme un grand projet de société. Dans la vraie vie, elle se traduit surtout par des décisions de gestion très concrètes : comment on chauffe, ventile, éclaire, contrôle la pointe, et planifie les remplacements.
L’efficacité énergétique est l’un des rares chantiers qui peut livrer trois gains en même temps : réduire la facture, améliorer le confort, et rendre un bâtiment plus résilient. La clé est simple : choisir les bons outils, et mesurer le rendement de façon rigoureuse, puis former les équipes pour que les gains restent dans le temps.
Avant de discuter d’une solution, il faut un cadre financier commun. C’est souvent là que les projets dérapent, pas sur la technique. Deux personnes peuvent regarder le même projet et arriver à des conclusions opposées si elles ne parlent pas du même indicateur.
Un bon réflexe : utiliser le payback pour le triage, puis basculer vers TRI ou VAN pour les projets structurants, surtout lorsqu’il existe des coûts futurs importants ou une incertitude sur le cycle de vie.
On utilise souvent le payback simple comme filtre rapide parce qu’il est intuitif. En copropriété, un seuil comme 3,5 ans est fréquent pour départager rapidement les projets. Le problème, c’est que le payback ne tient pas compte du cycle de vie, des rénovations majeures et du moment où les dépenses futures arrivent.
Les exemples suivants illustrent pourquoi un payback intéressant peut parfois masquer une décision risquée, et pourquoi la VAN devient incontournable dès que le projet comporte un coût majeur futur.
Hypothèses communes
Taux d’actualisation 6 %
Horizon 10 ans
Économies annuelles stables
Exemple 1
Payback excellent, mais rénovation majeure obligatoire, VAN négative
Contexte
Optimisation rentable, mais avec une remise à niveau obligatoire à court terme sur une composante critique.
Données
Investissement initial 150 000 $
Économies annuelles 50 000 $ par an
Rénovation majeure 280 000 $ à l’année 4
Résultats
Payback simple 3,0 ans
VAN à 6 % sur 10 ans environ -3 800 $
Décision VAN non acceptable
Lecture
Le projet semble gagnant à court terme, puis la dépense majeure à l’année 4 efface la valeur créée.
Exemple 2
Payback bon, mais remplacement complet prématuré, VAN négative
Contexte
Projet performant, mais le cycle de vie réel est plus court que prévu et force un remplacement complet au milieu de l’horizon.
Données
Investissement initial 120 000 $
Économies annuelles 40 000 $ par an
Remplacement complet 306 000 $ à l’année 5
Résultats
Payback simple 3,0 ans
VAN à 6 % sur 10 ans environ -54 300 $
Décision VAN non acceptable
Lecture
Même avec un retour rapide, le remplacement complet à l’année 5 fait basculer le projet en destruction de valeur.
Exemple 3
Payback et VAN bons, même avec une rénovation majeure
Contexte
Projet robuste, économies durables, remise à niveau raisonnable à mi-vie.
Données
Investissement initial 150 000 $
Économies annuelles 55 000 $ par an
Rénovation majeure 50 000 $ à l’année 6
Résultats
Payback simple 2,73 ans
VAN à 6 % sur 10 ans environ 219 600 $
Décision VAN acceptable, prioritaire
Lecture
Les économies sont assez fortes et stables pour absorber la rénovation majeure sans compromettre la création de valeur.
Les projets qui livrent des résultats durables suivent presque toujours cette séquence. Elle marche en copropriété, et elle marche tout autant en commercial.
1. Mesurer et comprendre
Objectif : établir une base de référence et identifier ce qui consomme, quand, et pourquoi.
Outils typiques :
Sans mesures, on débat d’opinions. Avec des mesures, on gère.
2. Piloter la demande et la pointe
Souvent, c’est ici que le ROI est le plus rapide. On améliore la performance sans remplacer massivement.
Outils typiques :
Le pilotage réduit aussi le risque de surdimensionnement électrique, un enjeu qui touche autant l’électrification que les bornes de recharge.
3. Moderniser les équipements qui comptent
Le meilleur moment pour moderniser, c’est souvent quand un équipement approche la fin de vie ou devient coûteux à maintenir. Là, le ROI inclut l’énergie et les coûts évités.
Le plus fréquent :
Quelques erreurs reviennent partout :
Les économies ne sont pas seulement dans l’équipement, elles sont aussi dans l’exploitation quotidienne, horaires, consignes, séquences, maintenance. C’est pourquoi une démarche sérieuse inclut une formation minimale, afin que les gains ne s’érodent pas après les travaux.Une structure simple, efficace, applicable à tout type de bâtiment :
Niveau 1, formation décisionnelle, direction et CA
Objectif : prendre de meilleures décisions d’investissement.
Contenu :
Niveau 2, formation opérationnelle, équipes terrain et fournisseurs
Objectif : conserver la performance après les travaux.
Contenu :
Niveau 3, formation performance, gestion continue
Objectif : transformer l’énergie en indicateur de gestion.
Contenu :
La formation peut être courte et pragmatique. L’impact est majeur : un projet avec suivi et formation garde ses gains, un projet sans suivi s’érode.
Pour rester large et efficace, voici un cadre de priorisation qui fonctionne partout :
Un projet n’a pas besoin d’être parfait, il doit être mesurable, exécutable, et défendable.
L’efficacité énergétique n’est pas un gadget. C’est une discipline de gestion. Les gestionnaires de l’avenir seront ceux qui savent mesurer, piloter, moderniser, et surtout former pour que la performance reste.
Si vous voulez une première lecture rapide, on peut commencer par une analyse simple : consommation, pointe, équipements majeurs, contraintes d’exploitation, puis une priorisation des 3 meilleures opportunités avec un calcul de rendement clair.
Sébastien St-Pierre
Directeur du département technique
Dans les copropriétés québécoises, un phénomène discret mais préoccupant prend de l’ampleur : la politisation du fonds de prévoyance.
Avec la Loi 16, l’intention du législateur était claire : faire de cet outil un mécanisme de planification à long terme, afin d’assurer la pérennité des immeubles sans imposer de chocs financiers aux copropriétaires.
Sur le terrain, toutefois, la mise en œuvre soulève certaines questions.
Les conseils d’administration sont élus. Et comme dans tout contexte électif, les décisions financières peuvent parfois être influencées par des considérations à court terme : limiter les hausses, repousser certains travaux, alléger la pression immédiate.
Or, un immeuble ne négocie pas avec le temps.
Les composantes vieillissent, les infrastructures se détériorent, et les coûts reportés ne disparaissent pas : ils s’accumulent.
Ce qui apparaît comme une économie aujourd’hui peut devenir une charge importante demain.
À cet enjeu s’ajoute une dimension plus technique, mais tout aussi déterminante : les hypothèses utilisées dans les études de fonds de prévoyance ne sont pas uniformes d’un professionnel à l’autre.
Inflation, durée de vie des composantes, taux de rendement, travaux inclus ou exclus : ces paramètres peuvent varier d’un expert à l’autre, avec des impacts significatifs sur les résultats.
Ainsi, pour un même immeuble, les recommandations peuvent différer sensiblement, sans qu’il soit toujours facile pour les copropriétaires d’en comprendre les raisons.
Cette variabilité soulève une question de transparence et de comparabilité.
Elle peut aussi amener certains conseils d’administration à privilégier, consciemment ou non, les scénarios les moins contraignants à court terme.
Le plus préoccupant, c’est que cette approche nouvelle où l’on se croit protégé par des études du fonds de prévoyance pourrait créer une illusion.
Malgré qu’une copropriété puisse sembler bien gérée, elle pourrait en réalité cumuler un déficit invisible. Un passif qui n’apparaît pas toujours clairement… jusqu’au jour où il devient impossible de l’ignorer.
Dans ce contexte, la question de la standardisation des pratiques devient centrale.
Plusieurs acteurs du milieu estiment qu’un cadre d’hypothèses communes pourrait améliorer la lisibilité des études et faciliter la comparaison entre immeubles.
Sans réduire le rôle du jugement professionnel, une telle approche permettrait de limiter les écarts d’interprétation et permettrait :
D’ici 2028, tous les syndicats de copropriété du Québec devront avoir un carnet d’entretien et une étude de fonds de prévoyance.
Ce resserrement imposé par la Loi 16 et son règlement d’application était nécessaire pour améliorer la gestion du patrimoine bâti. Mais encore faut-il aller au bout de la logique et que les rapports soient utiles pour guider les administrateurs dans leur travail et permettent aux acheteurs éventuels de bien comparer les immeubles entre eux.
D’où la nécessité d’un cadre plus structurant proposant des hypothèses communes et menant à un seul scénario de financement.
Pour un administrateur, dire qu’une hausse de cotisation est nécessaire n’est jamais populaire, surtout pas auprès de ses voisins. Planifier des travaux majeurs ne l’est pas davantage. Toutefois, c’est précisément là que se joue la qualité de la gouvernance.
Les carnets d’entretien et les études du fonds de prévoyance doivent servir à protéger des patrimoines et pour cela, il faut faciliter la prise des bonnes décisions dans les immeubles avec des études bien réalisées.
À défaut de standardiser les pratiques, la Loi 16 risque de créer une illusion de rigueur… tout en permettant de nouvelles formes de sous-financement.
Elise Beauchesne, CPA, Adm.A
Associée-fondatrice
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