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Dans plusieurs copropriétés, les dépenses d’énergie représentent une part importante du budget d’exploitation. Chauffage, ventilation, climatisation, pompes, systèmes de contrôle, éclairage des aires communes : ces équipements fonctionnent souvent depuis des années, avec des ajustements successifs ou des paramètres changés sans vision d’ensemble. Résultat : un bâtiment consomme plus que nécessaire, offre un confort inégal et coûte plus cher à entretenir. C’est dans ce contexte que le recommissioning, aussi appelé remise au point des systèmes mécaniques, devient un outil stratégique pour les syndicats de copropriété.
Le recommissioning ne consiste pas d’abord à remplacer les équipements. Son objectif est plutôt de vérifier comment les systèmes existants fonctionnent réellement, de comparer cette performance aux besoins actuels de l’immeuble, puis d’apporter les correctifs nécessaires. Dans une copropriété, cela peut vouloir dire revoir les horaires de ventilation, recalibrer des sondes, ajuster les séquences de contrôle, optimiser les chaudières, corriger des débits d’air ou d’eau, et vérifier l’interaction entre les pompes, les valves, les échangeurs et les systèmes d’automatisation. Ces interventions sont souvent moins visibles qu’un remplacement complet, mais elles peuvent générer des économies concrètes.
Au fil du temps, un bâtiment se dérègle. Les besoins des occupants changent, les espaces sont réaménagés, les plaintes de confort mènent à des ajustements ponctuels, les entrepreneurs interviennent chacun sur une portion du système et la documentation technique n’est pas toujours mise à jour. Après quelques années, le bâtiment ne fonctionne plus nécessairement selon sa conception d’origine, ni selon ses besoins réels. Le recommissioning permet de reprendre le contrôle, avec une approche méthodique fondée sur les données, les relevés sur place et l’analyse du fonctionnement global.
Pour un conseil d’administration, l’intérêt est multiple. D’abord, il y a l’aspect financier. En réduisant la consommation inutile, la copropriété peut diminuer ses coûts d’énergie et améliorer la prévisibilité de son budget annuel. Ensuite, il y a le confort des copropriétaires : une meilleure stabilité des températures, une ventilation mieux équilibrée et des équipements qui répondent plus adéquatement aux charges réelles. Il y a aussi l’entretien préventif. Un système mal ajusté peut fonctionner trop souvent, démarrer inutilement, surchauffer ou travailler contre un autre équipement. À long terme, cela accélère l’usure et augmente le risque de bris.
Le recommissioning est aussi un excellent point de départ avant d’investir dans des travaux majeurs. Trop souvent, une copropriété envisage de remplacer un équipement parce qu’il performe mal, alors que le problème provient d’un contrôle inadéquat, d’un capteur défectueux, d’un mauvais balancement ou d’une séquence mal programmée. Une remise au point permet de distinguer ce qui doit vraiment être remplacé de ce qui peut être corrigé. Elle aide donc le syndicat à prioriser ses investissements et à mieux planifier son fonds de prévoyance.
Un projet de recommissioning sérieux devrait généralement inclure une phase de planification, une investigation détaillée, la mise en œuvre des mesures retenues, le transfert des connaissances au personnel ou au gestionnaire de l’immeuble, puis un suivi dans le temps. Cette dernière étape est importante : les économies doivent être maintenues. Si personne ne comprend les nouvelles séquences de contrôle ou si les paramètres sont modifiés quelques mois plus tard, les bénéfices peuvent disparaître rapidement.
Dans le contexte québécois, certains programmes d’aide financière peuvent améliorer la rentabilité d’un projet. Le programme ÉcoPerformance comprend notamment un volet visant la remise au point des systèmes mécaniques des bâtiments. Sous réserve des critères d’admissibilité, ce programme peut contribuer au financement d’une partie des dépenses admissibles liées à l’investigation, au transfert et au suivi en continu. Il est donc important d’intégrer la vérification des subventions dès le début de la démarche, avant d’émettre les bons de commande, afin de respecter les règles du programme.
Pour les immeubles chauffés au gaz naturel, la réflexion peut aussi s’élargir à la biénergie offerte par Énergir, en collaboration avec Hydro-Québec et le gouvernement du Québec. La biénergie consiste à utiliser principalement l’électricité pour le chauffage, tout en conservant le gaz naturel comme source d’appoint lors des périodes de grand froid. Pour certaines copropriétés multirésidentielles, cette solution peut permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, d’optimiser les coûts d’exploitation et de profiter d’une aide financière lorsque le projet respecte les conditions applicables.
Le recommissioning ne doit donc pas être vu comme une dépense additionnelle, mais comme une démarche de gestion d’actifs. Il permet au syndicat de mieux connaître son immeuble, de réduire le gaspillage énergétique, de documenter les systèmes, d’améliorer le confort et de préparer les décisions futures. Dans un contexte où les coûts d’énergie et les obligations d’entretien sont de plus en plus importants, la remise au point des systèmes mécaniques devient un levier concret pour gérer l’immeuble de façon plus rigoureuse et durable.
Sébastien St-Pierre,
Directeur du département technique
514 935-6999
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